Témoignage de Joffrey
Joffrey nous a fait parvenir son témoignage en pensant que
son expérience personnelle pourrait aider d’autres personnes dans leurs combats
contre la maladie. " Bonjour, je m’appelle Joffrey, 30 ans à l’époque.
En octobre 2006, 1 an après une longue convalescence suite à
un accident de travail qui a nécessité une opération pour une triple hernie
discale, je décide de me faire retirer une varice sur la jambe droite qui
commence à me faire souffrir. 1 mois après l’opération, j’ai toujours de grosses douleurs
dans l’aine, là où il y a la première cicatrice de l’opération, je ne
m’inquiète pas plus que cela. Quelques jours plus tard, en plus des douleurs qui
continuent, le testicule droit se met à gonfler. Je décide d’aller voir mon médecin qui, après auscultation,
décide de m’envoyer vers un spécialiste. Là, après divers examens et puisque
mon père a eu un cancer des testicules au même age, je m’inquiète un peu. Après avoir analysé les examens l’urologue me donne le
verdict. A ce moment-là, je peux vous dire que je ne la ramène pas. Il me dit
clairement qu’il faut retirer le testicule qui est vraisemblablement malade,
mais de quoi ? Là il ne s’avance pas, pas avant d’avoir eu les résultats
histologiques de l’analyse du testicule.
L’opération est faite quelques jours plus tard. Maintenant il faut attendre les résultats pour connaître la
suite. 3 à 4 semaines se passent pendant lesquelles on se pose toutes les
questions possibles, et on se demande, que sera notre avenir ? Etant cycliste, je me demande si ce n’est pas la pratique du
vélo qui a engendré ça ? Est-ce que je pourrai encore faire du vélo ?
Cette attente est un véritable enfer. Mais au fond de soi on sait déjà ce que c’est.
Au nouveau rendez-vous avec le spécialiste, le verdict
tombe : CANCER du testicule. Il s’agit d’une tumeur séminomateuse, un
tératome, un cancer assez rapide dans son évolution, donc si je ne fais rien au
mieux il me reste 6 mois à vivre. Alors là, je vous laisse imaginer dans quel état on est,
surtout à 30 ans. A ce moment là, on a l’impression que ce n’est pas vrai,
qu’ils se sont trompés, que cela ne peut pas être à vous que cela arrive. Et
puis merde, pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ? Et bien il n’y a apparemment pas de raison, c’est comme ça
et c’est tout, mais que faire ? Que faire ? Cela parait évident pour celui qui n’est
pas touché, mais ce n’est pas si évident que ça. Donc je demande au médecin un peu de temps pour la
réflexion, mais à vrai dire, je n’ai pas vraiment le choix et encore moins le
temps. Je pense à mon fils de 20 mois que j’élève seul depuis 1 an.
Aussi, après quelques jours, j’ai rendez vous pour 1 scanner
un peu spécial, une scintigraphie où grâce à un produit radioactif, on va
pouvoir connaître l’étendue de la maladie. Résultat : Et bien, à coté de moi un sapin de Noël
ferait pale figure, apparemment j’ai des métastases un peu partout, dont une
énorme au niveau de l’aorte. Dans la foulée, pose d’un P.A.C, une sorte de capsule
insérée sous la peau au niveau du thorax (une aiguille courbe y est plantée
pour passer les médicaments) pour éviter de me piquer dans une veine du bras pour
chaque séance de chimiothérapie qui au vu des résultats risque d’être "costaude".
Je ne vous cache pas qu’il faudra s’accrocher au baobab cela risque de secouer
sévère me dit l’oncologue (le cancérologue), mais vous êtes costaud ça va
aller. (Avec eux ça va toujours)
Donc, on fait la chimio et on verra après me dit-il, mais je
ne vous cache pas qu’il faudra sûrement opérer après. La métastase la plus importante ne réduira pas suffisamment
avec le traitement, elle est grosse comme une boule de pétanque et très très
mal placée. Moi à vrai dire je me suis toujours dit qu’elle partirait
avec la chimio et que je n’aurai pas besoin de retourner au bloc opératoire. Pas le temps de me remettre de la pose du P.A.C., qui me
fait très mal, j’ai tout le coté droit quasiment paralysé de douleurs. Pose du
P.A.C. à droite, opération du testicule à droite, opération des varices à
droite, hernies discales à droite. Cela fait beaucoup d’un coup.
Là autant vous dire que le vélo pour le moment il reste
accroché dans le garage, mais j’y pense, j’y pense sans arrêt. Le 2 janvier 2007 juste après les fêtes, je rentre à la
clinique pour la première cure de chimio qui va durer une semaine. Il y en aura 3 au total plus 8 séances en ambulatoire. La première semaine se passe bien, enfin aussi bien que
possible compte tenu du traitement assez lourd. A la fin cette première semaine
je sens le produit jusque dans ma bouche, tout ce que je mange a le même goût.
Je ne peux plus avaler de l’eau sans mettre du sirop dedans pour masquer le
goût. Une sensation que je n’oublierai jamais, un peu comme de la
rouille dans la bouche. Même si en rentrant à la maison, on est vraiment trop mal,
trop épuisé pour aller rouler, c’est ce qui m’a fait tenir, en plus de penser à
mon petit bout qui était à la maison avec ma mère. Bien sûr mon fils ne comprenait pas pourquoi son papa
partait le lundi et ne revenait que le samedi en fin de matinée. C’est long
pour un petit. Pendant mon traitement je pensais énormément à mon fils mais
aussi beaucoup au vélo, j’en rêvais la nuit, je me voyais même rouler quand
cela irait mieux. Je pensais à de nouveaux parcours et cela m’a beaucoup aidé
pendant les longues journées à la clinique.
3 mois plus tard, suite à la chimio, le temps de récupérer
un peu, je me suis à nouveau fait opérer pour ôter les tumeurs qui n’avaient
pas assez réduites avec le traitement, une opération très très délicate. Je n’avais pas beaucoup de chance de sortir du bloc, la plus
grosse tumeur étant collée sur l’aorte et la veine cave. Mais je suis tombé sur un As, un chirurgien hors pair et
l’opération fut un succès. Je me souviens d’avoir eu une immense joie au moment
où j’ai ouvert les yeux en salle de réveil. A ce moment là on sait que c’est le
terminus, la fin du cauchemar.
Aujourd’hui nous sommes en 2009 et tout va pour le mieux, je
suis en rémission depuis 6 mois et j’ai retrouvé le coup de pédale d’avant,
même mieux, les gars du club n’en reviennent pas. Beaucoup ont du mal à croire
qu’il y a quelques mois j’ai été si malade. Le sport et pour moi, le cyclisme, est un véritable espoir
pour les malades, y penser c’est déjà bénéfique. La famille a eu aussi beaucoup d’importance, ma mère a été
formidable, elle m’a soutenue, s’est occupé de mon fils, sans elle je ne serai
peut-être plus là.
Maintenant, j’ai rejoins l’association Roulons ensemble
contre le cancer, et je suis très fier de porter ses couleurs et de promouvoir son
action !
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